Claire    Lafrenière

Photo : Simon Ménard


Dans l’île du peuple

Paroles : Jules Helbronner (Baptiste Gagnepetit), sur l’air de La Paimpolaise
Musique : Eugène Feautrier
(1911)

Quand nous avions été biens sages,
Que nos parents étaient contents.
Ils nous disaient, selon l’usage :
« Demain vous aurez du bon temps.
                Des tas de gâteaux,
                Un tour de bateaux.
Nous irons a l’île Sainte-Hélène,
Piqu’niquer sur les frais gazons.
Danser, crier à gorge pleine,
Nous baigner, prendre du poisson. »

Pour rencontrer des yeux timides
Nous y allions aussi, plus tard,
Œillades tendres ou perfides
Notre amour naquit d’un regard,
                Combien d’amoureux
                Maintenant sont heureux
Pour avoir a l’îl’ Sainte-Hélène,
En un jour de désœuvrement,
Conjugué la stance sereine,
Le credo de tous les amants.

La tête lourde et hors d’haleine,
Après les heures de labeur,
On allait a l’îl’ Sainte-Hélène
Se r’poser durant les chaleurs.
                Mais l’Exécutif
                Pour un vain motif
Ferme ce parc payé par le peuple,
Et bénit des fill’s, des garçons;
Nos éch’vins voudraient qu’on le peuple
De taureaux, de vach’s et d’cochons.

Est-c’ pour le bien du prolétaire,
Ou l’appas de nouveaux millions,
Qui fait notre Conseil se taire
Ou donner de vagues raisons?
                Le peuple surpris,
                Indigné se dit :
Ça n’a pas de bon sens en somme,
De fermer l’île au travailleur;
Marchander l’air à l’honnête homme
Courbé six jours sur son labeur.

Pour lui, son voyage en Europe
Est bien moins long, et moins coûteux
Que pour celui-là qu’a des « copes »
Gagnées par des moyens douteux.
                Il prend le bateau,
                Et tout aussitôt,
Aperçoit la verte corbeille,
Les bords de l’île aux verts gazons,
Qu’un Dieu bon parfume ensoleille,
Et remplit d’ombre à profusion.

Plan du site